# Une émotion commence dans le corps : nommer la sensation avant le mot

**Adresse canonique :** https://optimistra.com/blog/nommer-ses-emotions-sensation-physique
**Auteurs :** `michel-wozniak` — https://optimistra.com/team/michel-wozniak ; `nathalie-de-marce` — https://optimistra.com/team/nathalie-de-marce
**Rubrique :** `Stress et émotions`
**Publié le :** 2026-09-11
**Modifié le :** 2026-09-11
**Temps de lecture :** 9 min — 1866 mots

## En bref

Une émotion est une réaction physique déclenchée par l'interprétation d'un événement, pas par l'événement lui-même. Le corps part le premier, le mot arrive ensuite. Nommer la sensation avant l'émotion demande dix secondes. Voici ce que la recherche établit, et les trois endroits précis où elle s'arrête.

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Entre le moment où quelque chose arrive et celui où vous pourriez dire ce que
vous ressentez, il s'écoule un instant. Pendant cet instant, votre corps a déjà
travaillé : la gorge s'est serrée, les épaules sont montées, une chaleur est
passée dans le visage. Le mot, lui, arrive après — et il arrive de vous.

Ce décalage se mesure, il est documenté, et il ouvre un geste très simple :
dire la sensation avant de dire l'émotion.

## Ce qu'est une émotion

Une émotion est un ensemble de changements dans le corps — rythme cardiaque,
respiration, tension musculaire, température de la peau, activité digestive —
auquel s'ajoute le sens que le cerveau leur donne. Elle commence donc dans le
corps avant de commencer dans la pensée.

Le point important tient dans le déclencheur, qui est **l'interprétation** de
l'événement plutôt que l'événement lui-même. Deux personnes devant la même scène
ne réagissent pas de la même façon, et la même personne n'y réagit pas de la
même façon à deux moments de sa vie ; ce qui a varié entre-temps, c'est ce que
le cerveau fait de la scène.

Cette interprétation, il l'a apprise. Elle a une histoire — une expérience
vécue, quelque chose qu'on a entendu répéter, une image reçue au mauvais moment.
Elle peut s'être installée en une fraction de seconde et durer trente ans, sans
que la personne concernée ait jamais su ce qui l'avait posée là.

## Ce que sept cents personnes ont dessiné sur une silhouette

En 2014, une équipe finlandaise a publié dans les *Proceedings of the National
Academy of Sciences* une expérience d'une élégance rare. Elle a montré à des
participants deux silhouettes humaines vides, puis un mot d'émotion — ou une
histoire, un film, un visage — et leur a demandé de colorier les régions du
corps dont ils sentaient l'activité **augmenter** sur la première silhouette et
**diminuer** sur la seconde.

Sept cent un participants, cinq expériences. Les cartes obtenues sont
statistiquement séparables d'une émotion à l'autre : un classificateur retrouve
l'émotion à partir de la seule topographie corporelle, très au-dessus du hasard.
Sur les histoires, il distingue une émotion de toutes les autres dans 79 % des
cas là où le hasard en donnerait 50, et il tranche correctement entre les sept
catégories testées dans 48 % des cas là où le hasard en donnerait 14.

Surtout, les cartes se ressemblent d'un pays à l'autre. Les auteurs ont refait
l'expérience avec des locuteurs suédois, puis avec des locuteurs taïwanais, dont
la langue et la culture n'ont rien à voir avec le finnois. La concordance entre
la Finlande et Taïwan atteint une corrélation moyenne de 0,70, ce qui dépasse
nettement le seuil habituel de ce qu'on appelle une concordance forte.

Autrement dit : quand vous dites « j'ai la gorge serrée », vous ne faites pas
qu'employer une image, vous désignez un endroit que des gens à l'autre bout du
monde désignent aussi.

## Pourquoi « à une perception », et pas « à l'événement »

Le cadre théorique qui rend compte de cet enchaînement est celui de la
construction. Lisa Feldman Barrett, dans un article de synthèse publié en 2017,
le formule ainsi : le cerveau utilise des concepts d'émotion pour **catégoriser**
des sensations, et c'est cette catégorisation qui constitue une instance
d'émotion. Les sensations sont classées de façon à être *actionnables* et donc
*signifiantes*, sur la base de l'expérience passée.

Une image aide à le saisir. Un GPS ne voit pas la route : il calcule à partir
de ce qu'il a enregistré, et c'est pourquoi il peut vous faire tourner à droite
là où il n'y a plus de rue. Votre cerveau travaille de la même manière : il ne
réagit pas à l'événement, il réagit à ce à quoi l'événement **ressemble**,
d'après tout ce qu'il a déjà vu.

C'est ce qui explique que la réaction s'apprenne. Un enfant qu'on soulève à bout
de bras éclate de rire : il n'a pas encore la carte du vide. L'adulte qui recule
d'un pas au bord d'une terrasse a la même mécanique corporelle, et une carte
différente.

Une précision d'honnêteté, parce qu'elle compte sur un sujet aussi discuté :
ce cadre n'est pas un consensus. Il a été publié dans une rubrique de débat
scientifique, face à la position classique selon laquelle certaines émotions
disposeraient d'une signature biologique propre. Nous le citons parce qu'il rend
compte de l'ordre observé, pas parce que la question serait tranchée.

## Ce que produit le fait de nommer

Reste à savoir ce que change le geste lui-même. Une série de quatre expériences
conduites à l'université de Californie à Los Angeles, publiée en 2011, s'y est
employée. Les trois premières comparent plusieurs façons de traverser une image
désagréable : la regarder passivement, lui choisir un mot, chercher à la
relativiser, ou se distraire.

Les participants qui nommaient rapportaient une gêne moindre que ceux qui
regardaient simplement — et dans des proportions comparables à celles obtenues
en relativisant volontairement, qui est pourtant un effort mental bien plus
coûteux.

Le résultat le plus curieux est ailleurs. On a demandé à des participants de
prédire ce que ça leur ferait. Ils ont prédit que nommer serait **plus**
pénible. Et ils l'ont prédit encore après être passés par l'expérience, alors
même que leurs propres relevés disaient l'inverse. Les auteurs en tirent que la
mise en mots agit comme une régulation *incidente* : elle fonctionne sans qu'on
la sente fonctionner, et donc sans qu'on pense à s'en servir.

Une quatrième étude, menée sur des images agréables, apporte la nuance
pratique la plus utile de tout ce dossier : nommer a **diminué** le plaisir
rapporté. La mise en mots baisse le volume dans les deux sens. Sur ce qui est
bon, on gagne donc à sentir sans commenter.

## Ce que la recherche n'établit pas

Trois limites, qu'il faut connaître pour se servir correctement de tout ce qui
précède.

**Il n'existe pas de signature corporelle par émotion.** C'est le point sur
lequel il faut être le plus précis. Une méta-analyse de 202 études
mesurant la réactivité du système nerveux autonome pendant des inductions
d'émotion en laboratoire, publiée en 2018, conclut que le profil des tailles
d'effet ne distingue pas clairement une catégorie d'émotion d'une autre. La
variabilité *à l'intérieur* d'une même catégorie est importante — plus de la
moitié des tailles d'effet présentent une hétérogénéité modérée à forte — et la
correction du biais de publication abaisse encore les estimations. Les auteurs
signalent eux-mêmes que leur capacité à tester directement leur hypothèse reste
limitée par les études disponibles.

Conséquence directe pour vous : une sensation ne vous dira pas de quelle émotion
il s'agit. Elle vous dira qu'il se passe quelque chose, et plus tôt que le mot.
C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas un diagnostic.

**Les cartes corporelles sont des ressentis rapportés.** Les participants ont
colorié ce qu'ils *sentaient*, pas ce qu'un capteur mesurait. Les auteurs le
reconnaissent explicitement : leur étude ne peut pas complètement exclure que
ces cartes reflètent des associations conceptuelles entre émotions et sensations
corporelles. Ils ajoutent une phrase qu'on ne s'attend pas à lire sous leur
plume : les individus détectent mal leurs états physiologiques spécifiques,
au-delà peut-être des battements du cœur et de la moiteur des paumes.

**Les effets de la mise en mots ont été mesurés en laboratoire, sur de petits
groupes.** Vingt-deux à quarante-six étudiants par étude, devant des images
projetées, dans un bâtiment universitaire. Ce n'est pas une semaine de vie
ordinaire, et personne n'a mesuré ce que donne le geste répété trois fois dans
un couloir.

Nous préférons le dire. Le geste proposé ci-dessous est gratuit, dure dix
secondes et ne présente aucun risque connu ; c'est la raison pour laquelle il
vaut la peine d'être essayé, pas parce qu'une étude le garantirait.

## Le protocole complet

1. **Trois fois dans la semaine**, quand quelque chose vous fait réagir.
2. **Un endroit du corps, et une sensation.** « Chaud dans le cou. » « Les
   épaules qui montent. » « Le ventre creux. » Deux mots suffisent ; on ne
   cherche pas le bon terme, on cherche l'endroit.
3. **Le nom de l'émotion ensuite**, s'il vient. S'il ne vient pas, l'exercice a
   quand même eu lieu : il porte sur l'ordre, pas sur la justesse.
4. **Sur de petites occasions.** Un imprévu sans gravité, une attente qui
   s'étire, un message inattendu. Ce n'est pas un exercice pour les grandes
   émotions, et il n'y a rien à régler.
5. **Sur ce qui est agréable, sentez sans commenter.** C'est la conséquence
   directe de la quatrième étude citée plus haut.
6. **Trois lignes sur un papier en fin de semaine** : la sensation, puis le mot.
   Vous verrez lesquels reviennent — et ce sera votre liste, pas une moyenne.

Une réserve, enfin. Cet exercice porte sur des moments ordinaires. Si vous
traversez une période difficile, ou si une émotion vous paraît trop forte pour
être simplement observée, aucune page de blog ne remplace un accompagnement :
parlez-en à un professionnel.

## Où cette technique s'insère

Repérer ce que fait le corps avant de le nommer est la deuxième marche de notre
progression sur les états internes, après la respiration régulière décrite dans
[notre article sur la cohérence cardiaque](/blog/coherence-cardiaque-cinq-secondes).
L'ordre n'est pas arbitraire : la première apprend à agir sur son état, la
seconde à le lire.

Les deux ouvrent la [formation en ligne sur la gestion des émotions et du
stress](/e-strs), où le repérage des sensations sert ensuite de matière
première. Elles servent aussi de socle aux
[formations en Programmation Neuro-Linguistique](/pnl-prat), dont plusieurs
protocoles supposent qu'on sache déjà repérer ce qui bouge dans son corps avant
de savoir comment l'appeler.

Cet article accompagne la deuxième lettre de notre newsletter hebdomadaire, dont
les publications sont réunies sur [le blog](/blog).

## Les ressources de cette semaine

Cet article accompagne une lettre de notre **newsletter hebdomadaire**,
gratuite. Tout ce qui l'accompagne est réuni sur une seule page :

> ### 🎧 [La page de la semaine — nommer ses émotions](https://app.optimistra.com/carnet/nommer-ses-emotions)
>
> - **La chanson** — *Avant de savoir*, à écouter le matin.
> - **La fiche des sensations** — *Où ça se passe* : vingt-quatre mots de
>   sensation rangés par endroit du corps, à imprimer ou à garder sur son
>   téléphone les premières fois.
>
> La page s'ouvre sans rien donner, et elle se transfère à qui vous voulez.

## S'inscrire à la newsletter

Chaque semaine, nous envoyons une chose à essayer et un support pour
l'accompagner. Une seule, expliquée jusqu'au bout, avec les études quand il y en
a et la mention de ce qu'elles ne disent pas.

L'inscription est **gratuite**, elle ne demande qu'une adresse, et elle ouvre en
même temps un compte sur notre plateforme — **sans mot de passe** à choisir ni à
retenir : un code arrive par courriel à chaque connexion. C'est ce compte qui
donne accès aux applications que nous y mettons en ligne, comme le guide de
cohérence cardiaque qui accompagnait la première lettre. Si vous cliquez sur
l'une d'elles sans être inscrit, vous tomberez sur un écran de connexion : c'est
normal, et c'est le seul mur du dispositif.

*Article rédigé par [Michel Wozniak](/team/michel-wozniak) et
[Nathalie de Marcé](/team/nathalie-de-marce), et optimisé par l'intelligence
artificielle.*

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## Questions fréquentes

### Qu'est-ce qu'une émotion, exactement ?

Une émotion est un ensemble de changements corporels — rythme cardiaque, respiration, tension musculaire, température de la peau — accompagné du sens que le cerveau leur donne. Le déclencheur n'est pas l'événement lui-même, mais la façon dont le cerveau l'interprète, à partir de tout ce qu'il a déjà rencontré. C'est pourquoi deux personnes réagissent différemment à la même situation.

### Faut-il nommer la sensation ou l'émotion ?

Les deux, mais dans cet ordre. La sensation d'abord — un endroit du corps et un mot simple, « chaud dans le cou », « le ventre creux ». Le nom de l'émotion ensuite, s'il vient. Commencer par le nom fait sauter l'étape où l'information est la plus fiable : ce que le corps a effectivement fait.

### Est-ce que mettre un mot sur une émotion la fait disparaître ?

Non. Dans une série d'expériences menées à l'université de Californie à Los Angeles, les participants qui nommaient ce qu'ils regardaient rapportaient une gêne moindre que ceux qui regardaient passivement, dans des proportions comparables à celles obtenues en relativisant volontairement. L'effet est réel mais modéré, il a été mesuré en laboratoire sur de petits groupes d'étudiants, et il ne supprime rien.

### Chaque émotion a-t-elle sa signature dans le corps ?

Non, et c'est un point sur lequel il faut être précis. Une méta-analyse de 202 études publiée en 2018 n'a trouvé aucun motif de réactivité du système nerveux autonome qui distingue proprement une catégorie d'émotion d'une autre. Une sensation corporelle vous dit qu'il se passe quelque chose ; elle ne vous dit pas de quelle émotion il s'agit.

### Et si aucun mot ne vient ?

Ce n'est pas un échec. L'exercice porte sur l'ordre, pas sur la justesse du vocabulaire. Repérer l'endroit — la gorge, les épaules, le ventre — suffit à faire le travail. Le mot vient généralement de lui-même au bout de quelques jours, et il vient plus juste que si on l'avait cherché en premier.

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## Sources

- [Nummenmaa, Glerean, Hari & Hietanen (2014), Bodily maps of emotions, Proceedings of the National Academy of Sciences](https://europepmc.org/articles/PMC3896150)
- [Barrett (2017), The theory of constructed emotion: an active inference account of interoception and categorization, Social Cognitive and Affective Neuroscience](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5390700/)
- [Lieberman, Inagaki, Tabibnia & Crockett (2011), Subjective responses to emotional stimuli during labeling, reappraisal, and distraction, Emotion](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3444304/)
- [Siegel et al. (2018), Emotion fingerprints or emotion populations ? A meta-analytic investigation of autonomic features of emotion categories, Psychological Bulletin](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5876074/)
