VAKOG : les cinq sens de vos souvenirs, et ce qu'on en sait vraiment


Michel Wozniak et Nathalie de Marcé
Publié le 26 octobre 2026 · 8 min de lecture
Lu par une voix créée par l’intelligence artificielle.

En bref
Le VAKOG désigne les cinq sens par lesquels une expérience se vit et se remémore : le visuel, l'auditif, le kinesthésique (le corps et les émotions), l'olfactif et le gustatif. Imaginer mobilise en partie les mêmes régions que percevoir, et chacun le fait à sa manière. L'idée d'un canal dominant, en revanche, n'a pas été confirmée.
Faites une expérience de dix secondes. Pensez au mot « banane ».
Il y a de bonnes chances que vous n'ayez pas vu seulement une forme jaune. Peut-être l'odeur est-elle venue, ou le goût, ou le petit bruit de la peau qu'on tire, ou le poids du fruit dans la main. Un seul mot a ouvert plusieurs portes à la fois. C'est l'exemple que Michel donne en salle, et c'est tout le sujet de cet article : par quels sens nous vivons une expérience, par lesquels nous la retrouvons, et ce que la recherche en dit, y compris quand elle nous contredit.
Ce que désigne le VAKOG
Le VAKOG est un sigle de la programmation neuro-linguistique : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif. Ce sont les cinq canaux par lesquels une expérience nous arrive, et les cinq canaux par lesquels nous nous la représentons ensuite, quand nous nous en souvenons, quand nous l'imaginons ou quand nous la racontons. « Kinesthésique » rassemble tout ce que le corps ressent : le toucher, le mouvement, la position, la température, et les émotions telles qu'elles se vivent physiquement.
Richard Bandler et John Grinder, qui ont fondé la discipline dans les années 1970, parlaient de « systèmes de représentation ». Nous l'enseignons dès le premier jour du Praticien en PNL, parce que tout le reste s'appuie dessus : on ne travaille bien sur une représentation qu'après avoir appris à remarquer de quoi elle est faite.
Une représentation n'est pas la réalité. C'est la carte que vous en gardez, et elle a ses propres détails, ses propres manques. Nous en parlions dans l'article sur ce que le cerveau voit, et ce qu'il ajoute : la perception est déjà une construction. Le souvenir l'est davantage encore.
Imaginer, c'est faire travailler ses sens
Ce que l'exercice de la banane laisse deviner, l'imagerie cérébrale le mesure. En 2012, Chris McNorgan, à l'université Northwestern, a réuni soixante-cinq études qui avaient demandé à des participants d'imaginer quelque chose dans un sens précis : des sons, des contacts sur la peau, des gestes, des goûts, des odeurs, des formes, des couleurs, des mouvements.
Sa conclusion : l'imagerie propre à un sens active, en règle générale, les régions qui traitent ce même sens dans la perception, « generally overlap with — but are not confined to », sans s'y limiter. Imaginer un son fait travailler en partie l'audition, imaginer un geste fait travailler en partie la motricité. Et il existe en plus un réseau commun, mobilisé quel que soit le sens imaginé.
Autrement dit, se souvenir d'un repas, ce n'est pas consulter une fiche : c'est faire rejouer, en partie et en plus faible, ce que les sens avaient fait sur le moment. C'est pour cela qu'un souvenir peut se raconter de plusieurs façons, et que chacune en éclaire une face différente.
Tout le monde n'a pas les mêmes portes ouvertes
La consigne « visualisez » ne marche pas pour tout le monde, et la recherche l'a établi récemment.
Carla Dance, Alberta Ipser et Julia Simner ont interrogé mille quatre personnes qui ne savaient pas ce que l'étude cherchait, à l'aide d'un questionnaire classique sur la vivacité des images mentales. Environ 4 % se situaient dans la zone de l'aphantasie : aucune image mentale, ou des images vagues et faibles. 0,8 % n'en avaient aucune. Les auteurs rappellent que beaucoup de ces personnes vivent sans savoir qu'elles diffèrent des autres, et prennent l'expression « voir dans sa tête » pour une métaphore.
Une autre équipe, à Sydney, a comparé deux cent soixante-sept personnes aphantasiques à des groupes témoins (Dawes, Keogh, Andrillon et Pearson, 2020). En moyenne, elles rapportent moins d'imagerie dans tous les sens, pas seulement la vue. Mais seules 26 % disent n'avoir aucune expérience sensorielle imaginée, dans aucun sens : les autres en gardent quelque part. Les auteurs concluent sur « the large interindividual variability that characterises our internal mental representations » : nos représentations intérieures varient beaucoup d'une personne à l'autre.
La conséquence pratique est simple, et elle nous paraît importante : quand un exercice vous demande de « voir » et que rien ne vient, vous n'avez pas échoué. Votre mémoire passe par d'autres portes. Le bon exercice est celui qui vous laisse les essayer toutes.
Ce qui n'est pas prouvé : le canal dominant
Une partie de la littérature sur la PNL va plus loin. Elle soutient que chacun pense surtout dans un canal, son « système de représentation préférentiel », qu'on pourrait le reconnaître à son vocabulaire (« je vois ce que tu veux dire » contre « je sens que ça ne va pas ») et qu'en lui parlant dans ce canal, on se ferait mieux comprendre.
Les études ne l'ont pas confirmé, et nous préférons vous le dire nous-mêmes. En 1984, Christopher Sharpley a passé en revue les recherches disponibles, et concluait que l'identification de ce canal « is not supported by the research data ». En 2010, Tomasz Witkowski a repris l'ensemble de la base de recherche sur la PNL : même parmi les études favorables à la PNL, aucune n'établissait de façon nette l'existence de systèmes de représentation distincts, ni qu'une personne utilise surtout l'un d'eux d'une situation à l'autre. Et hormis une étude, rien de solide ne montrait qu'ajuster son vocabulaire à celui de l'autre améliore la communication. La citation de Sharpley vient de cette revue de Witkowski, que nous avons lue en entier ; l'article de 1984, nous ne l'avons pas ouvert.
Nous publions par ailleurs un article qui pose la question plus largement, la PNL est-elle scientifique ?, et qui passe ses outils au crible un par un. C'est l'esprit dans lequel nous enseignons. Nous sommes les deux premiers francophones au monde nommés Master Trainer par Richard Bandler, co-créateur de la Programmation Neuro-Linguistique, et en salle, nous signalons nous-mêmes ce que la recherche n'a pas confirmé. Le VAKOG reste une grille d'observation précieuse. Ce n'est pas une façon de ranger les gens.
La même erreur, à l'école : les styles d'apprentissage
L'idée a une cousine très répandue : les styles d'apprentissage, où chaque élève serait « visuel », « auditif » ou « kinesthésique » et apprendrait mieux si on lui enseignait dans son style.
Philip Newton, de l'université de Swansea, résume l'état de la question en 2015 : c'est l'étape de l'appariement, enseigner à chacun dans son style, « where the concept of Learning Styles completely falls down ». La revue de référence, celle de Harold Pashler et de ses collègues en 2008, n'a trouvé aucune preuve qu'elle améliore l'apprentissage ; nous la citons à travers Newton. Et pourtant, sur les articles récents qu'il a recensés, 89 % approuvaient encore les styles d'apprentissage, implicitement ou directement.
Newton signale aussi un risque : un élève étiqueté « visuel » peut renoncer à une matière qu'il croit faite pour d'autres. Une étiquette qui ferme une porte fait exactement l'inverse de ce que le VAKOG devrait permettre.
Un exercice pour l'observer sur soi
Ce qui reste, une fois les promesses retirées, est à la fois plus modeste et plus utile : observer comment vos propres souvenirs sont faits. Choisissez un souvenir agréable et récent, un repas, une promenade, une conversation, et racontez-le trois fois :
- en images : ce qu'il y avait à voir, le lieu, les gens, un objet ;
- en sons : une voix, un bruit, ce qui a été dit ;
- en sensations : ce que vous teniez, l'air sur la peau, votre position.
Ajoutez à la fin une odeur ou un goût, s'il y en avait. Puis notez le récit qui est venu tout seul, et celui qui a demandé un effort. Plus tard dans la semaine, refaites-le avec un autre souvenir : le tour facile n'est pas forcément le même, et c'est une information en soi.
Écoutez aussi les mots autour de vous, et les vôtres. Pris comme un jeu d'écoute, c'est amusant, et cela rend attentif à la façon dont chacun raconte. Pris comme un diagnostic, c'est une erreur.
Ce goût de raconter plutôt que d'expliquer prolonge celui du journal positif, où l'on revit un bon moment au lieu de l'analyser. Ici, on le revit par chaque sens, l'un après l'autre.
Les sens, pour viser plus juste
Le VAKOG a un autre usage, que nous enseignons dans le Leadership d'Alignement Personnel (LAP) : vérifier qu'un objectif est assez concret. Un objectif qu'on peut voir, entendre et ressentir une fois atteint est un objectif qu'on sait reconnaître.
Prenez un instant pour essayer. Pensez à un projet qui vous tient à cœur, et imaginez le jour où il est fait. Vous êtes là. Qu'est-ce que vous voyez autour de vous : le lieu, les visages, l'objet terminé posé devant vous ? Qu'est-ce que vous entendez : une voix qui vous dit quelque chose, le calme d'une pièce, votre propre voix qui l'annonce ? Et qu'est-ce que vous ressentez, dans vos épaules, dans votre respiration, au moment où vous comprenez que c'est fait ?
Lequel de ces trois récits vous a donné le plus envie d'y être ?
Les ressources de cette semaine
Cet article prolonge une lettre de notre newsletter hebdomadaire, gratuite. Ce qui l'accompagne est réuni sur une seule page :
🎧 La page de la semaine — Un souvenir, trois récits
- La chanson — Par toutes les portes, pour une journée qui entre par tous les sens.
- La fiche « Un souvenir, trois récits » — les trois tours de l'exercice, et la place de comparer deux souvenirs.
Michel Wozniak et Nathalie de Marcé
Article rédigé par Michel Wozniak et Nathalie de Marcé, et optimisé par l'intelligence artificielle.
Sources citées
- McNorgan (2012), A meta-analytic review of multisensory imagery identifies the neural correlates of modality-specific and modality-general imagery, Frontiers in Human Neuroscience
- Dawes, Keogh, Andrillon & Pearson (2020), A cognitive profile of multi-sensory imagery, memory and dreaming in aphantasia, Scientific Reports
- Dance, Ipser & Simner (2022), The prevalence of aphantasia (imagery weakness) in the general population, Consciousness and Cognition
- Witkowski (2010), Thirty-Five Years of Research on Neuro-Linguistic Programming. NLP Research Data Base. State of the Art or Pseudoscientific Decoration?, Polish Psychological Bulletin
- Newton (2015), The Learning Styles Myth is Thriving in Higher Education, Frontiers in Psychology
Questions fréquentes
Que veut dire VAKOG ?
Visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif : les cinq canaux par lesquels on perçoit une expérience et par lesquels on se la représente ensuite. Kinesthésique désigne tout ce que le corps ressent : le toucher, le mouvement, la position, et les émotions telles qu'elles se vivent physiquement.
Peut-on savoir si quelqu'un est visuel, auditif ou kinesthésique ?
Pas de façon fiable. Les revues de la recherche sur les systèmes de représentation, de Sharpley en 1984 à Witkowski en 2010, n'ont trouvé aucune preuve nette qu'une personne utilise surtout un canal d'une situation à l'autre, ni qu'on puisse l'identifier de façon fiable. Le tour facile peut changer d'un souvenir à l'autre.
Apprend-on mieux dans son style d'apprentissage ?
Les études ne le montrent pas. Classer un élève comme visuel, auditif ou kinesthésique puis lui enseigner dans ce style n'améliore pas ce qu'il apprend : c'est l'hypothèse de l'appariement, et elle n'a jamais été confirmée. Newton (2015) relève pourtant qu'elle reste présente dans une large majorité des articles récents qui en parlent.
Qu'est-ce que l'aphantasie ?
L'absence d'images mentales visuelles, ou des images très floues. Sur un millier de personnes, Dance, Ipser et Simner (2022) en comptent environ 4 %, dont moins de 1 % sans aucune image. Beaucoup l'ignorent, et la plupart gardent des représentations dans d'autres sens.
Comment observer de quoi sont faits ses propres souvenirs ?
En racontant un même souvenir agréable trois fois, un sens par tour : ce qu'il y avait à voir, à entendre, puis ce que le corps ressentait, avec une odeur ou un goût s'il y en avait. On note le récit qui vient tout seul, et on recommence plus tard avec un autre souvenir pour voir si c'est le même.
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