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Le citron imaginé : ce que le corps fait de ce qu'on imagine

Michel WozniakNathalie de Marcé

Michel Wozniak et Nathalie de Marcé

Publié le 26 octobre 2026 · 8 min de lecture

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Lu par une voix créée par l’intelligence artificielle.

Deux disques se recouvrent en partie sur un fond sombre : à gauche, en pointillé gris, l'imaginé ; à droite, en trait plein rose, le vécu ; dans la zone commune, des points roses plus nets.

En bref

Imaginer un citron fait saliver, et imaginer un geste active une partie des circuits qui le commandent. Le cerveau ne confond pas pour autant le réel et l'imaginaire : il les distingue, sauf quand l'image intérieure devient assez forte. C'est ce qui rend la répétition mentale utile, dans une mesure modeste.

Avant de lire la suite, faites l'expérience. Fermez les yeux et imaginez un citron. Prenez-le en main, sentez sa peau un peu grasse, coupez-le en deux, et portez une moitié à votre bouche. Mordez dedans. Puis remarquez ce que fait votre bouche.

Chez la plupart des gens, quelque chose se passe. Il n'y a pas de citron, et pourtant le corps prépare de quoi le recevoir. On en tire souvent une formule frappante : le cerveau ne ferait pas la différence entre le réel et l'imaginaire. Elle est fausse dans sa lettre et juste dans son esprit. Voici ce que la recherche en dit.

Ce que veut dire « réel et imaginaire » pour le cerveau

Quand vous imaginez quelque chose avec assez de détails, une partie des circuits qui serviraient à le percevoir ou à le faire s'active. Le corps, lui, réagit à ce qu'il anticipe : il salive pour un aliment, se tend pour un effort. Mais imaginer n'est pas percevoir. Ce qu'on imagine est en général plus pâle, moins net, et le cerveau s'en sert pour faire la différence. La formule juste serait donc plutôt : il distingue mal, quand l'imagination est précise. C'est ce que nous disons en formation, et c'est ce que les études récentes précisent.

Le citron d'Utrecht, en chiffres exacts

En 2016, une équipe de l'université d'Utrecht, conduite par Mike Keesman, a mesuré la salive produite devant quatre objets : un sachet de chips, une tranche de pain au fromage, une tranche de citron et un bloc de bois. Le citron était coupé devant chaque participant et posé sur une assiette. Personne ne mangeait rien. Au bout d'une minute, chacun recrachait sa salive dans un gobelet, pesé au centième de gramme.

Dans la seconde expérience, soixante étudiants ont été répartis en deux groupes. Les uns devaient simplement regarder chaque objet. Les autres devaient s'imaginer le manger : « Pick up the object. How does it feel? How does the object smell? How would the object taste? » Pour le citron, ceux qui imaginaient ont produit nettement plus de salive que ceux qui regardaient (d = 0,76). Pour les chips, l'écart était plus grand encore (d = 1,03). Pour le bloc de bois, il n'était pas significatif. Imaginer n'ajoute donc pas de la salive à tout : seulement à ce qui se mange.

Les auteurs signalent eux-mêmes leurs limites. Un seul prélèvement par aliment, ce qui interdit de généraliser à d'autres aliments ; et l'impossibilité de démêler ce qui revenait à la vue et à l'odeur. Surtout, l'aliment était sur la table : l'étude mesure ce que l'imagination ajoute à un citron qu'on regarde, pas l'effet d'un citron purement imaginé. Ils citent pourtant des travaux antérieurs où imaginer un aliment préféré, sans rien devant soi, augmente la salivation, « especially when participants have vivid mental imagery ». C'est le détail qui fait le travail.

Le geste imaginé, et la main qui le sent

La bouche n'est pas un cas à part. En introduction d'une étude publiée en 2018 dans Nature Communications, Konstantina Kilteni et ses collègues de l'Institut Karolinska résument ce que des décennies de recherche ont établi : un mouvement imaginé prend à peu près le même temps que le vrai, il peut faire monter le rythme cardiaque en proportion de l'effort imaginé, et il active un réseau cérébral qui recouvre en partie celui du mouvement réel. Imaginer bouger un doigt active la zone du cortex moteur qui commande ce doigt.

Leur propre expérience va plus loin. Quand on se touche soi-même, la sensation est atténuée : le cerveau l'a prévue, et il en baisse le volume. Les chercheurs ont montré que le simple fait d'imaginer se toucher le doigt atténue de la même façon une pression bien réelle appliquée au même moment. Le cerveau prédit les conséquences d'un geste imaginé comme celles d'un geste fait. La limite : douze volontaires par expérience, ce qui est peu.

Alors, le cerveau confond-il le réel et l'imaginaire ?

Pas en temps normal, et c'est heureux. En 2023, Nadine Dijkstra et Stephen Fleming, de l'University College London, ont posé la question directement. Ils partent d'une expérience célèbre de 1910 : Mary Cheves West Perky demandait à des volontaires d'imaginer un objet sur un mur, pendant qu'elle y projetait, à leur insu, une image très pâle du même objet. Aucun ne remarquait la projection : tous la prenaient pour leur propre image.

Dijkstra et Fleming ont refait l'expérience en ligne, avec un seul essai décisif par personne pour que personne ne se méfie, auprès de près de trois cents puis de 339 participants. Leur résultat : imaginé et perçu ne sont pas tenus séparés, ils s'additionnent en un seul signal. Le cerveau juge que c'est réel quand ce signal franchit un seuil de réalité. D'ordinaire, l'imaginé seul reste en dessous : c'est pour cela que nous ne confondons pas nos rêveries avec la pièce où nous sommes. Mais, écrivent-ils, « when virtual or imagined signals are strong enough, they become subjectively indistinguishable from reality ».

Le cerveau fait donc la différence, sur un critère d'intensité. Il ne la fait plus quand l'image intérieure devient assez forte. On retrouve ici une idée que nous développions à propos de la carte et du territoire, et du gorille invisible : ce que nous vivons est une construction, et pas une copie du monde.

Ce que la répétition mentale apporte, et ce qu'elle n'apporte pas

Si imaginer un geste mobilise une partie des circuits qui le produisent, s'entraîner en imagination devrait servir. C'est ce que font les sportifs, et les pilotes de chasse qui répètent au sol, gestes à l'appui, ce qu'ils feront en vol.

Une méta-analyse de Bianca Simonsmeier et de ses collègues, parue en 2020 et dont nous avons lu la version prépubliée, a rassemblé cinquante-cinq études en sport, soit 1 438 participants. L'effet moyen de l'imagerie est de taille moyenne (d = 0,43), et plus faible dans les seuls essais randomisés (d = 0,25). Elle fait mieux que ne rien faire, mieux qu'une autre activité, et associée à l'entraînement réel, elle fait un peu mieux que l'entraînement seul (d = 0,16). Les auteurs rappellent qu'une autre méta-analyse, en 2020, trouvait un effet comparable, ramené à d = 0,26 une fois corrigé le biais de publication.

Ce sont des effets réels et modestes. La répétition mentale prépare, elle ne remplace pas. Les mythes qui l'entourent ressemblent à celui des vingt et un jours pour créer une habitude : une idée juste, simplifiée en route jusqu'à devenir fausse.

Ce que nous en faisons en formation

Nous sommes, Michel Wozniak et Nathalie de Marcé, les deux premiers francophones au monde nommés Master Trainer par Richard Bandler, co-créateur de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL). Le test du citron, nous le faisons faire dès le deuxième jour du Praticien PNL, et pour une raison précise : les techniques du Praticien se terminent toutes par une projection dans le futur, où l'on s'imagine dans les situations à venir avec ce qu'on vient d'apprendre. Elle s'appuie sur ce que vous venez de lire.

Pour ceux qui pensent ne pas savoir « visualiser », le conseil que nous donnons est simple : ne cherchez pas à voir, racontez-vous. Dites-vous dans votre tête ce que vous verriez si vous le voyiez. Un éléphant rose en tutu au-dessus de la tour Eiffel n'a pas besoin d'être net pour être là.

Prenez un instant. Pensez à un moment qui compte pour vous dans les jours qui viennent : une présentation, un rendez-vous, une conversation que vous attendez. Vous y êtes, et cela se passe bien. Vous entrez dans la pièce. Vous entendez votre propre voix, posée. La première phrase vient sans que vous la cherchiez, et vous voyez quelqu'un, en face, hocher la tête. Comment vous sentez-vous, à cet instant ? Et qu'aimeriez-vous emporter de cette scène, le jour venu ?

Cette préparation-là, modeste et réelle, est exactement ce que mesurent les études. Bouger aussi change l'état dans lequel on y arrive, comme nous l'écrivions à propos des décisions physiques qui changent l'humeur.

L'expérience de la semaine

Le plus convaincant reste de le constater sur soi, en trente secondes :

  • Fermez les yeux et imaginez un citron. Prenez-le en main, coupez-le en deux, portez une moitié à votre bouche et mordez dedans.
  • Racontez-vous la scène si aucune image ne vient : la peau sous les doigts, le couteau qui entre, le jus sur la planche.
  • Remarquez ce que fait votre bouche, sans attendre de résultat. Si vous n'aimez pas l'acide, prenez un aliment que vous aimez.

Ce n'est pas un test. Votre cerveau sait que le citron n'existe pas. Votre corps s'y prépare quand même, et c'est le point de départ de tout ce qu'on peut faire de l'imagination.

Les ressources de cette semaine

Cet article prolonge une lettre de notre newsletter hebdomadaire, gratuite. Ce qui l'accompagne est réuni sur une seule page :

🎧 La page de la semaine — Un citron que je n'ai pas coupé

  • La chanson — L'avant-goût, pour une journée où ce qu'on a imaginé est déjà en route.
  • La fiche « Un citron que je n'ai pas coupé » — l'expérience en trois temps, et la place de noter ce que votre bouche a fait.

Michel Wozniak et Nathalie de Marcé

Article rédigé par Michel Wozniak et Nathalie de Marcé, et optimisé par l'intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Est-il vrai que le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l'imaginaire ?

Pas tout à fait. Imaginer et percevoir mobilisent en partie les mêmes circuits, mais l'imaginé est en général plus faible, et c'est à cela que le cerveau le reconnaît. Dijkstra et Fleming (2023) montrent que la frontière ne se brouille que lorsque l'image intérieure devient assez forte pour franchir un seuil de réalité.

Pourquoi salive-t-on en imaginant un citron ?

Parce que le corps se prépare à ce qu'il anticipe. Keesman et al. (2016) ont montré que des étudiants qui s'imaginaient manger une tranche de citron posée devant eux salivaient nettement plus que ceux qui se contentaient de la regarder. L'effet existe aussi avec un aliment qu'on aime.

La répétition mentale améliore-t-elle vraiment la performance ?

Oui, dans une mesure modeste. Une méta-analyse de 55 études en sport (Simonsmeier et al., 2020) trouve un effet moyen (d = 0,43), plus faible dans les essais randomisés (d = 0,25). Associée à l'entraînement réel, elle fait un peu mieux que l'entraînement seul ; elle ne le remplace pas.

Peut-il arriver qu'on prenne l'imaginé pour du réel ?

Oui, quand l'image intérieure est assez forte. En 1910, Mary Cheves West Perky projetait à leur insu une image pâle de l'objet que ses volontaires imaginaient : aucun ne remarquait la projection. Dijkstra et Fleming (2023) l'ont retrouvé auprès de plus de six cents personnes, et l'expliquent par un seuil de réalité.

Que faire si l'on n'arrive pas à voir d'images mentales ?

Se raconter la scène plutôt que chercher à la voir. Dire dans sa tête ce qu'on verrait si on la voyait suffit, et retire la pression de la comparaison aux autres. C'est le conseil que nous donnons en formation, et il marche aussi pour le test du citron.

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